Suspension











Une déchirure sur la toile des destins
Pas regarder à droite
Plus qu'à l'avant. Ni moins
Elle attend sans bouger le signe, le claquement de doigt des appels
Où une fois dans l'éternité, l'autre viendrait donner son courage
Prendre entre les phalanges ses pastels et les mêler
La dire, la dire

Un blanc sur les lignes ombrées de lettres
Une attente à peine viscérale, plutôt tranquille
Comme une baie ouverte sur de longues possibilités
Des coups du sort, des sonneries surprenantes
Quelque chose qui la place
À sa place
Et  elle approuverait

Un manque à savoir
Que faire de soi pour soi
L'annuaire est lourd des occasions possibles
Sans frénésie
Et le doigt ne pointe que vers l'indécis
Du dessein

Demain, dit-elle
Demain
Et le jour s'en va et elle ne vient pas
Là où on l'attendrait
Parce qu'elle ne la sait pas
La douce attraction des fuites vers l'au-delà








Mars 2016













Poules politiques






Des branches alourdies par l'attente
Des vents arrogants
Un apprentissage difficile de la récolte
Et des mystères endormis dans l'humus
Des aubes rutilantes
Des aubes grotesques
Le silence

Le silence ému par les frottements
Par les ailes impatientes d'oiseaux rares
Le silence qui se déploie
Et celui qui s'écoute
Une étonnante ligne de renouveau
Disponible à qui veut s'oublier

Lâcher les bruits hystériques des mondes épuisés
Fermer la porte
Ne plus compter sur rien que le rythme précis des nuits
Tresser la politique entre les mains de celui qui m'attend
Pour envelopper les rêves de repli

Au matin, traverser la cour craquant de gel
Suivie par le bastion des poules
Innocentes, les poules, fidèles
Gallinacés en or qui aussi m'attendaient
Et dont je mesure les vies secrètes, avec ravissement





Mars 2016










Bilan





On agitait déjà les menottes
Espérant tracer dans l'indifférence de l'air un signe qui nous accroche
On agitait légèrement les bras pour des étreintes précieuses
Et les têtes pour donner des accords

On avançait à pas comptés
Mis assis, mis debout
Tournés un peu vers l'arrière pour éviter les flaques
Où l'on s'était regardé dans les yeux, avant

On y croyait parce que c'est utile
On avait à craindre peu puisque tout était déjà dit
Des longues pensées amères de l'amour ingrat
On avait suffisamment cicatrisé aux angles

Mais l'eau n'est pas toujours fraîche
Ni les embruns salés au lointain
S'ouvrent l'inutile et l'inachevable
L'espoir dévissé et les savoirs prudents

On dit peut-être pas
On reste aimable et froid
On dit que c'est trop tard
Que cette fois, ce sera pour une autre fois





Février 2016








Legs







De battement d'aile en claquement de porte
Les voies d'accès se croisent
Les pistes anciennes ont été abandonnées
Restent encore les traces d'un vieux sang absorbé par l'asphalte
Ce qui se dessine a la forme d'un héritage
J'avais écrit le testament trop tôt
Pas su rassembler ce à quoi je devais prétendre
Pas su défendre ce que je pouvais donner
Je ne savais pas encore lire
Je n'ai pas assez bien refusé
L'insolence de la possession
Sa négligence aussi





Février 2016